Vos notes de Khôles



AUBE

J'ai embrassé l'aube d'été.

Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. Les camps d'ombre ne quittaient pas la route du bois. J'ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.
La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.
Je ris au wasserfall blond qui s'échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse.
Alors je levai un à un les voiles. Dans l'allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l'ai dénoncée au coq. A la grand'ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.
En haut de la route, près d'un bois de lauriers, je l'ai entourée avec ses voiles amassés, et j'ai senti un peu son immense corps. L'aube et l'enfant tombèrent au bas du bois.

Au réveil il était midi.


INTRO
Aube = poème en prose. Rimbaud a 20 ans quand il écrit Illumination. Publié seulement en 1886 (10aine d'année + tard) dans La Vague (journal).
Illumination = recueil qui illustre la réflexion de Rimbaud sur l'écriture poétique et fait suite à 2 célèbres lettres dites « du Voyant », ou il développe, entre autre, l'idée que le poète doit « inspecter l'indicible et entendre l'inouïe », c-à-d se faire « voyant ».
Thème de l'aube : topos poétique. Mais Rimbaud donne un nouveau sens à cette aube ; il la disait « heure indicible », elle est donc chargée d'un caractère mystique qui permet à Rimbaud de développer une transposition poétique à travers une description quelque peu onirique d'un paysage d'été. Ce n'est pas une simple description, il faut voir au-delà.

Pbq : Comment Rimbaud se sert d'un lieu commun de la poésie pour développer et illustrer sa réflexion sur la création poétique ?

Aube = marche d'un poète à travers la nature qu'il a réveillée et qui poursuit l'aube qui lui est apparue en déesse.

  1. Éveil de la Nature : « j'ai embrassé... > ...je reconnus la déesse »
  2. Jeu de poursuite entre l'Aube et le poète : « Alors je levai... > ...j'ai senti un peu son immense corps »
  3. La chute : « l'aube et l'enfant ... > ... était midi. »

  1. Éveil de la nature. Le poète et la nature.
A. « J'ai embrassé l'aube d'été »
- octosyllabe : vers dans le poème en prose. Ouverture : vient inscrire la rupture d'avec la poésie classique puisque suit une prose poétique et pas versifié. Phrase brève et poétique.
- rime interne > met en valeur chiasme entre « je » et « l'aube », qui sont pourtant réunis à travers le verbe « embrassé ».
- « embrassé » : polysémique : 1. sensuel, charnel : donner un baiser : lié à la figure féminine de l'aube. 2. prendre dans ses bras, saisir > référence au travail du poète qui doit « comprendre » la nature, la saisir.
- passé composé : temps du récit = témoignage (~ « voici comment j'ai embrassé l'aube d'été »). Phrase proleptique qui présente et introduit le reste du poème.

B. Une nature endormie qui s'éveille
« Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. Les camps d'ombre ne quittaient pas la route du bois. »
- négations + « morte » + imparfait (temps de la description = 0 action) => Nature immobile et silencieuse. Pause. + « ombre » : obscurité (la nuit est encore là) ==> Nuit est un moment de contemplation => poésie.
- palais, bois (milieu fermé, mystique), eau => élément d'un décor. La nature est figée (même l'eau ne bouge plus).
==> Nature = morte. Inaccessible de par son silence. Elle est immobile, le poète n'a plus qu'à arriver.

« J'ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit ».
- passé composé : action. -> mais pourtant action simple (pas de complément de manière, de lieu...) = le poète n'a pas d'autre but que de réveiller la nature.
- Nature = onirique. - personnifiée (regardèrent, se levèrent, haleines). -douce (haleine = à peine un souffle. Fraîcheur douce). - lumière douce (pierreries = gouttes de rosée. Joyaux / richesse => nature riche de secret). -ailes (comme des voiles => la nature se RÉVÈLE en même temps qu'elle se RÉVEILLE)

C. La poète évolue au coeur de cette nature éveillée.
« La première entreprise fut, dans un sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom. »
- entreprise : action concrète : contraste avec le paysage onirique qui vient d'être planté. Rappel le travaille du poète qui ne rêve pas mais qui « travaille » la nature.
- blêmes éclats : oxymorique : langage poétique. Rappel aube : moment entre-deux : où les contraires se rejoignent. + jeu de clair obscur : peinture impressionniste de l'époque. = tableau.
=> le poète dresse un tableau autour de lui.
- une fleur qui me dit son nom : le poète est proche de la nature. Il est à son écoute. => « furor » : la nature inspire le poète. (+ fleur = figure féminine dont est empli le poème (aube, fleur, nature, déesse (~apothéose)).

« Je ris au wasserfall blond qui s'echevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse ».
- dit + ris : bruits qui se réveillentwasserfall » => chuchotement.
- blond = cheveux > s'echevela > cascade = chevelure. (image poétique). Le poete TRANSFORME la nature en femme.
- mais ce n'est pas la nature qui lui apparaît : c'est l'Aube.
Sapin + cime : élévation. Le regard se porte vers le ciel. L'aube est inaccessible de par sa hauteur.
- argentée : éclairé par l'aube qui apparaît. Rappelle « éclats blêmes ».
La déesse c'est l'aube => mythification de l'aube.

Après création d'un théâtre onirique où se montre l'Aube, le poete se lance à la poursuite de cette déesse insaisissable.


  1. Poursuite entre le poete et l'aube.
A. Un jeu qui s'installe.
« Alors, je levai un à un les voiles ».
- Alors : deuxième étape qui commence. Nettement marquée. La nature est éveillée, l'aube s'est montrée, l'action POETIQUE commence. = le poète peut commencer cette quête de la véritable nature de ce paysage qu'incarne l'aube.
- sensualité du texte : « lever les voiles » => déshabillement. L'aube est mise à nue par le poète. + l'obscurité qui se lève : la lumière découvre l'aube.
=> travail du poète qui doit comprendre, élucider la nature.

« dans l'allée, en agitant les bras ».
- Mouvement d'un enfant qui chasse un papillon : le poète chasse l'aube qui lui échappe. (+ enfantin)

« par la plaine où je l'ai dénoncée au coq ».
- on sort de la forêt : perte de l'aspect mystique.
- coq = celui qui annonce le lever du jour. Poète = voyant : il voit avant les autres.

B. L'Aube et le poète sont séparés.
« à la grand'ville elle fuyait parmi les clochés et les dômes ».
L'aube coule à travers les toits comme la cascade ruisselle en chevelure. « fuyait ».
Chloché, dômes : rappelle « cime » => élévation de l'aube qui reste inaccessible au poète.

Et courant comme un mendiant sur les quais de marbres, je la chassais. »
Imparfait = action => mouvement (+ verbes de mouvement)
mendiant : rapport déesse / poète : l'une au sommet, l'autre au plus bas.
Quai de marbre : rappelle palais.
Je la chassais : jeux amoureux / quête du poète.

C. Une poursuite qui prend fin.
« En haut de la route, près d'un bois de laurier »
- en haut : le poète s'est élevé. Laurier : symbole de victoire.
La véritable nature ne peut être saisie par le poète que s'il s' élève et entre dans un monde mystique (bois)

« je l'ai entourée avec ses voiles amassés »
- entourée : rappelle embrassé => réussite annoncée.

« j'ai senti un peu son immense corps ».
- senti : sensoriel / sensuel. => de nouveau allitération en [s] : chuchotement = douceur.
- tâche ardue : à peine réalisable (un peu)
- l'aube est grande : elle est presque allégorique. Elle couvre le poète.
=> immensité poétique que le poète ne saisi qu'à peine (~ frustration).


  1. La chute
A. Une apparent réussite.
« l'aube est l'enfant tombèrent au bas du bois ».
3eme personne : l'enfant, mais on comprend qu'il est « je ». Mise à disctance je / enfant = « je est un autre ».
L'aube : n'est plus déesse. (désenchantement).
« tombèrent » : chute / étreinte. Ils tombent ensemble : comme endormis après une épuisante poursuite. Ils ne font qu'un.
=> Réussite du poète qui saisit le sens de la Nature.

B. Mais c'est en fait un échec.
Mais le poème ne s'achève pas sur cette note positive.
« Au réveil il était midi. »
2nd octosyllabe qui vient clore le poème. Il n'y a pas d'autre tentative, c'est un échec sans appel.
Aube / midi : fraîcheur, obscurité / chaleur, lumière => l'aube est partie.
« réveil » : tout n'était qu'un rêve ?
~ Échec : il a saisi « un peu » l'aube mais ne l'a pas retenue. Chute inattendue puisque réussite annoncée au début.
Le poète semble condamné à ne pas réussir sa quête de l'irréel de la nature.

CONCLUSION

Monde imprégné des mystères de l'imagination : qui en fait un paysage poétique. Mais Rimbaud va au-delà de la description d'un simple paysage naturel, il se sert de ce poème pour illustrer la quête du poète qui doit se faire VOYANT et donner à voir à travers l'anormalité du langage la véritable nature des choses.
 Par Alix


Spleen : Je suis comme le roi

Situer le passage : Les fleurs du mal, Charles Baudelaire
1 section, Spleen et Idéal : les autres parties sont souvent des réponses au spleen (la mort, le vin, révolte...)
Aspiration vers un Idéal (A une mendiante rousse) chute de l'humain, mal moral - spleen, mal des romantiques
Recueil de poésie intégrale (phonique et sémantique)
Lecture :

Je suis comme le roi d’un pays pluvieux,
Riche, mais impuissant, jeune et pourtant très-vieux,
Qui, de ses précepteurs méprisant les courbettes,
S’ennuie avec ses chiens comme avec d’autres bêtes.
Rien ne peut l’égayer, ni gibier, ni faucon,
Ni son peuple mourant en face du balcon.
Du bouffon favori la grotesque ballade
Ne distrait plus le front de ce cruel malade ;
Son lit fleurdelisé se transforme en tombeau,
Et les dames d’atour, pour qui tout prince est beau,
Ne savent plus trouver d’impudique toilette
Pour tirer un souris de ce jeune squelette.
Le savant qui lui fait de l’or n’a jamais pu
De son être extirper l’élément corrompu,
Et dans ces bains de sang qui des Romains nous viennent,
Et dont sur leurs vieux jours les puissants se souviennent,
Il n’a su réchauffer ce cadavre hébété
Où coule au lieu de sang l’eau verte du Léthé.

Description du passage : Poème en alexandrins, peut se rapprocher d'un sonnet (3 quatrains et tercets qui fonctionnent ensemble)
Comparaison du poète avec un roi souffrant du spleen.
1 quatrain : Comparaison, le poète comme un roi ennuyé
2 et 3 quatrains : Le roi souffre d'un mal, désespoir et mort
tercets : argument d'autorité, mal inguérissable. le roi est déjà mort psychologiquement

Je montrerai comment l'utilisation de la poésie phono-sémantique permet de présenter le spleen comme une maladie, et entraînant la mort de l'être psychologique.

Je suis comme le roi : le poète est le sujet de son poème, romantique.
Roi - poésie. Conte, pouvoir, importance.
Hémistiche renversement de l'image du roi
d'un pays pluvieux: indéfini, un lieu de conte inventé par le poète. Image de la pluie (tout coule, mélancolie, spleen). Allégorie du spleen

Riche, mais impuissant : oxymores (figure de style poétiser le spleen : contradictions)
jeune et pourtant très vieux : similitudes de construction (qualité réelle du roi 1 ou 2 syllabes contredites par la réalité) figure d'un roi de conte détruit
Antinomique. Roi en réalité impuissant et las de vivre.

Rime riche diphtongue vieux : son long - spleen

Qui, de ses précepteurs méprisant les courbettes : balancement (opposition entre précepteurs courbettes)
Précepteur : maître pour penser
"ette" suffixe diminutif, ridicule, exagéré.

S'ennuie avec ses chiens : Première évocation de l'ennuie. Spleen du poète.
comme avec d'autres bêtes : Renvoie aux hommes. Le terme bête, général - les hommes. Disposition des mots dans la poésie - pas d'insistance linguistique pour évoquer les Hommes - spleen, désintérêt.

Fin de la phrase et du quatrain. Roi figure poétique allégorie du spleen.

Rien ne peut l'égayer, ni gibier, ni faucon : accumulation - figure de style qui caractérise le spleen (mélancolie profonde qui ne trouve pas de solution)

Ni : même anaphore en début de proposition - répétition, insistance phonétique
son peuple mourant en face du balcon : jeu sur "mourant" - roi indifférent à la réalité.

Du bouffon favori la grotesque ballade : opposition (grotesque ballade). Tout a une connotation dépréciative car ennuie du roi.

Ne distrait plus : présent de l'indicatif - fatalité de la mélancolie - plus de secours.
le front de ce cruel malade : dépersonnalisé (front)
(cruel) son dur cr - sévère, passe outre les soins.
Une maladie de la conscience qu'on ne peut pas guérir (empoisonne la vie)

Son lit fleurdelisé : image poétique du roi de conte du début (fleur de lys, symbole de la puissance royale)
hémistiche
se transforme en tombeau : univers de conte (se transforme)
Chute dans l'image du conte (tombeau).
La maladie entraîne la mort - destin tragique car le personnage représente le spleen

Et : addition - construction et répétition. Le roi, et le poète s'enfoncent dans le spleen.
des dames d'autour pour qui tout prince est beau

ne savent plus trouver : plus de recours possible (ne plus)
d'impudiques toilettes
pour tirer un souris : (tirer) le roi est loin du monde, nécessitent des grands efforts
de ce jeune squelette : oxymore (renvoie au deuxième vers) Poète et roi dont l'âme ne vivent plus

2 derniers quatrains. Roi, personnage tragique, mort de son âme (spleen)

Le savant qui lui fait de l'or : figure poétique du conte - (or) image poétique - métaphysique donc un Homme qui maîtrise les lois au-delà de la physique
n'a jamais pu

De son être extirper : (extirper) le roi est passif. Inversion, insister sur extirper avant une éventuelle césure. Le roi est avant tout un malade plus qu'un être.
l'élément corrompu

Argument d'autorité, le savant magicien n'a pas réussit à guérir le roi.

Et dans les bains de sang qui des romains nous viennent : (romain) Antiquité, poétiquement, opposée à la modernité (temps du je). Pas de spleen, mais ne peut pas guérir le spleen.

Et dont sur leurs vieux jours les puissants se souviennent : évocation, roi jeune et vieux.
Nouvel "argument d'autorité", réfléchir sur l'Antiquité n'a pas guérit ou ressuscité le roi

Il n'a su réchauffer ce cadavre hébété

Ou coule au lieu de sang : (coule) allusion au spleen, qu'on ne maîtrise pas.
l'eau verte du Léthé : mythologie grecque. Fleuve de l'oubli, âmes mortes. Hors du temps
Allégorie du Spleen.

Conclusion : Un roi, personnage de conte tragique
Allégorie du Spleen grâce aux procédés phoniques et sémantiques.
Par Line


Le rouet d'Omphale, les Contemplations d'Hugo
Intro :
1) Hugo : l'image de l'intellectuel qui domine au XIXème siècle, et peut-être le plus populaire . Connu pour ses positions politiques (exilé volontaire sous NapIII), personnage mythique.
Maître dans tout les genres littéraires, tant dramaturge ( Ruyblas, Hernani 1830), romancier (Notre Dame de Paris, Les Misérables en 1862) que poète. Hugo, le ROMANTIQUE !!!
Après Odes et Ballades, Les Feuilles d'Automne, Les châtiments (recueil satyrique) parut en 1853, le style poètique de Hugo se perfectionne, trouve son apogée dans les Contemplations, parut en 1856 Recueil de Mille vers écrits lors de son exil à Jersey. Oeuvre ni politique, ni satyrique, thème lyrique, exaltation de la Na, de l'amour aussi de douleur.

2) Recueil en 2 Parties, deux tranches de sa vie, séparées par la rupture de l'année 1843 avec la mort de sa fille.
Première Partie Autrefois (1830-1843) Deuxième Partie Aujourd'hui (1843-1855)
- Aurore - Pauca mese
- L'âme en fleur - En Marche
- Les luttes et les rêves - Au bord de l'infini
Équilibre : 6 = 2x3

3) Le Rouet d'Omphale (le R.O), Partie Autrefois, livre II, l'âme en fleur
- titre : thème mythologique. [Hugo imprégné de la culture antique, il apprend le latin dès 7ans, lit les grands Antiques, Eschyle, Virgile (traduit un fragment des bucoliques), compose beaucoup de poème en relation avec ces Dieux, ces mythes). Mais le rouet n'existait pas à l'antiquité, inventé au XIII, il y avait le fuseau. Rouer : homophone, battre rosser. DANGER !
- Qui est Omphale ? Après les 12 travaux, Hercule se fait acheter comme amant par la reine de Lydie, Omphale. Mais celle-ci lui vole sa peau du lion Némée et sa massue, l'habille avec des vêtements féminins et l'oblige à filer la laine. Le grand héros grec réduit à un rôle domestique. Au XIXème siècle : toujours l'utilisation des mythes antiques, inépuisable.
- Structure du poème : Poème en alexandrin, 3 strophes, rimes ?///... d'un vers à l'autre.
1= 4 vers (description du rouet : immobilité), 2=5vers (A partir d'une sculpture du vase, Mythe d'Europe, narration), 3=3vers (éléments matériels pour filer), 4= 12 vers (l'apparition des monstres mythologiques).
Donc, alternance, descriptif et narratif.

PB : Comment Hugo, grâce à la structure poétique, se sert de l'intermédiaire du Rouet (objet inanimé et immobile), pour faire ressusciter et revivre les mythes antiques ?

Question :
  1. lien entre composition du recueil et poèmes dans les parties : un peu de tout partout ?
  2. Comment Hercule finit avec Omphale ? Comment se fait-il qu'il se soit fait acheter, le héros invincible ?
  3. La pb doit-elle tenir compte du poème de manière isolé, ou plus large, le contexte, l'époque ?
  4. Peut-on regarder sur internet ?

Conclusion : Le rouet nous raconte une histoire, la roue des évènements.

Le rouet d'Omphale

Il est dans l'atrium, le beau rouet d'ivoire.
La roue agile est blanche, et la quenouille est noire ;
La quenouille est d'ébène incrusté de lapis.
Il est dans l'atrium sur un riche tapis.

Un ouvrier d'Egine a sculpté sur la plinthe
Europe, dont un dieu n'écoute pas la plainte.
Le taureau blanc l'emporte. Europe, sans espoir,
Crie, et, baissant les yeux, s'épouvante de voir
L'Océan monstrueux qui baise ses pieds roses.

Des aiguilles, du fil, des boites demi-closes,
Les laines de Milet, peintes de pourpre et d'or,
Emplissent un panier près du rouet qui dort.

Cependant, odieux, effroyables, énormes,
Dans le fond du palais, vingt fantômes difformes,
Vingt monstres tout sanglants, qu'on ne voit qu'à demi,
Errent en foule autour du rouet endormi :
Le lion néméen, l'hydre affreuse de Lerne,
Cacus, le noir brigand de la noire caverne,
Le triple Géryon, et les typhons des eaux
Qui le soir à grand bruit soufflent dans les roseaux ;
De la massue au front tous ont l'empreinte horrible,
Et tous, sans approcher, rôdant d'un air terrible,
Sur le rouet, où pend un fil souple et lié,
fixent de loin dans l'ombre un oeil humilié

REPRISE DE LA PROF :

Ce qu'il fallait voir :
En plein romantisme, la tendance n'est plus à la reprise des mythes, cela paraît anachronique (héritage antique déjà en crise à la Renaissance, 3siècles après bonjour).
"Mythe du renversement pour renverser le mythe", c'est beau !!
Donc ici, renversement du mythe d'Hercule, le héros réduit à la domesticité, par une femme. Il n'apparaît pas dans le poème. Hugo fait la feinte IL est... Mais pas Hercule, le Rouet, seulement à la fin, hercule est réduit à l'oeil humilié.
Le sens de ce renversement : aucune grandeur ne dure, quand on est au sommet attention à la chute (voire Léopoldine qui meurt, en pleine jeunesse)

Le Romantisme renverse le mythe, écriture de la violence. Esthétique du grandissement, hyperbole cauchemardesque.

Pour l'analyse linéaire, je vous laisse voir, phrase unique de la dernière strophe, les gradations, accumulations, les coupures de l'alexandrin, le rythme... Pour les références mythologiques, la plupart des monstres cités ont été tués par Hercule pendant les travaux.C'est un peu la revanche des morts ressuscités pour narguer H.
Par Pauline.F




La recherche de la liberté dans les contraintes de la forme chez Du Bellay

Remarques annexes: cf. cours de littérature. La forme très contraignante du sonnet permet une liberté. Il évite le manichéisme du sonnet en introduisant de l'asymétrie dans la symétrie (2 quatrains/2 tercets). La contrainte est le point de départ de l'exigence artistique. (voir aussi la protéiformité de l'alexandrin).

>ILLUSTRATION: SONNET 32, DU BELLAY (ma kholle que j'ai synthétisé étant donné que Mme Catifait a fait l'étude de ce poème en cours. )

Je me ferai savant en la philosophie,
En la mathématique et médecine aussi :
Je me ferai légiste, et d’un plus haut souci
Apprendrai les secrets de la théologie :

Du luth et du pinceau j’ébatterai ma vie,
De l’escrime et du bal.
Je discourais ainsi,
Et me vantais en moi d’apprendre tout ceci,
Quand je changeai la France en séjour d’Italie.


O beau discours humain ! Je suis venu de si loin
Pour m’enrichir d’ennui, de vieillesse et de soin,
Et perdre en voyageant le meilleur de mon âge.

Ainsi le marinier souvent pour tout trésor
Rapporte des harengs au lieu de lingots d’or
Ayant fait comme moi un malheureux voyage.

Ce poème > représente la macrostructure du recueil par sa microstructure: les espoirs/ la déception. Le passage est structuré selon 2 quatrains, et 2 tercets.
On aurait tendance à dire que les 2 quatrains= espoirs et ambitions du poètes marqués par le ton enjoué / 2 tercets= perte et regrets marqués par la rupture de ton.
>MAIS du point de vue + narratif la coupure a en réalité lieu à l'hémistiche du vers 6 (passage du « discours direct » au récit + changement de temps> imparfait= « Je discourais ainsi « ).
Première strophe: le futur+ utilisation des anaphores = ambitions. Marque de l'humanisme renaissant= acquérir des connaissances dans tous les domaines qui sont ici désignés de façon métonymiques. (le luth, le pinceau, ..). La théologie= quintessence du savoir (enjambement!). Ton enjoué marqué par l'assonance en [i]. Emploi d'un discours direct qu'il va ensuite commenter avec un recul critique.

L'étalage des ambitions va « déborder » que la deuxième strophe= première importance de la structure et de la libération du poème par rapport à sa forme. Les ambitions sont tellement grandes qu'elles en deviennent envahissantes et vont alors se répandre au début de la deuxième strophe.
> MAIS, ces ambitions sont coupées net. Vers 6= passage du futur à l'imparfait. FUTUR= temps de l'espoir. PASSE= temps du regret. Au niveau narratif= rupture de ton = fin du discours direct. > analyse rétrospective de ses paroles.
+ contre-rejet= la phrase commence au deuxième hémistiche du vers 6. rejet net du discours passé. Le regret arrive trop tôt= le regret arrive avant les tercets, il est trop tôt dans la structure, donc trop brutal, trop tôt dans le contenu narratif = c'est la forme qui signifie le contenu. Il n'y a pas concordance de la métrique et de la syntaxe.
Vers 7 = vantardise du poète (vanter+ pronom personnel) = auto-dérision de Du.B qui porte une regard critique et ironique.

Tercet> ton élégiaque est ici adopté > interjection poétique et élégiaque « ô » = auto-dérision = ironie désabusée. Le terme de « discours » renvoie à celui du premier quatrain. L'adverbe d'intensité « si » accentue le regret. Les voyelles sont nasalisées et très sombres. Énumération= écho avec les énumération du début. Mais celles-ci nous disent qu'on ne peut que perdre dans le voyage. Le voyage n'est plus voyage, il est exil. = antithèse « s'enrichir d'ennui ». les verbes non conjugués se répondant (enrichir/perdre). Entre auto-dérision et regret. De même à la dernière strophe = écho avec la 3eme par des échos > enrichir/trésor, polyptote sur le terme de « voyage », oppositions trésor/harengs et enrichir/ennui. Liées par la rime embrassée. > raisonnement inductif. Cas particulier> cas général. = présent de vérité général à valeur d'apologue. (métaphore avec le marinier).

Ccl= la forme du sonnet = liberté. Le désenchantement commence trop tôt (tant dans sa valeur biographique que dans la forme du poème). Le dernier tercet= espace de liberté par sa forme d'apologue. Rompt avec la forme contraignante du sonnet.


Les poètes maudits: modélisation du matériau poétique et affranchissement du lyrisme (voir Jules Laforgue cf. cours de littérature).


> ILLUSTRATION, A l'ETERNEL MADAME, CORBIERE. (ma deuxième kholle sur la poésie: elle n'est pas exhaustive, j'ai trié ce qui pouvait éventuellement être utile pour illustrer le langage poétique, etc..)

Mannequin idéal, tête-de-turc du leurre,Eternel Féminin ! ... repasse tes fichus ;
Et viens sur mes genoux, quand je marquerai l'heure,
Me montrer comme on fait chez vous,
anges déchus.

Sois pire, et fais pour nous la joie à la malheure,
Piaffe d'un pied léger dans les sentiers ardus.
Damne-toi, pure idole ! et ris ! et chante ! et pleure,
Amante ! Et meurs d'amour !... à nos moments perdus.
Fille de marbre ! en rut ! sois folâtre !... et pensive.
Maîtresse, chair de moi !
fais-toi vierge et lascive...
Féroce, sainte, et
bête, en me cherchant un coeur...

Sois femelle de l'homme, et
sers de Muse, ô femme,
Quand l
e poète brame en Ame, en Lame, en Flamme !
Puis - quand il
ronflera - viens baiser ton Vainqueur !


Texte: A l'éternel Madame > ouvre les Amours jaunes. Figure de la féminité constamment présente chez Corbière. Tantôt actrice, tantôt prostituée. La femme se veut tour à tour bête féroce et cruelle et Muse mais muse soumise. Dans ce poème= Corbière triture l'image de la femme (qui est un topos de l'écriture poétique) en lui donnant toutes les images que la société donne à la figure féminine. + triture la matière poétique.
Structure: de même que pour Du Bellay: la forme est ici adoptée est très classique= sonnet+ alexandrins mais pour être mieux destructurée. Il va y avoir une explosion de l'intérieur. Un déstructuration interne . Un implosion de la matière poétique. La structure est perpétuellement déconstruite pas les rythmes et la ponctuation abusive.
(+ parallèle 2eme quatrain/ 2 eme tercet avec le terme anaphorique « Sois »).
> Comment ce poème transforme l'idéal féminin (tantôt en en bête, tantôt en muse déchue) et par là même détruit la matière et le lyrisme poétiques?


> le titre : A l'eternel Madame = réponse à l' « éternel féminin » de Goethe = attrait qui guide les hommes vers une transcendance (image de l'idéal de la poésie= la muse). Ironie poétique de Corbière = « Madame ».
Ma-dame= valeur faussement courtoise (Moyen-Age) = idée de possession et de soumission + définition: une directrice de Maison close = prostitution.
  • la société fait ce qu'elle veut de la femme.


> première strophe (quelques éléments) = Corbière joue avec le langage poétique. Les mots= importance des double sens et des contradictions.
Le terme de « mannequin » = modèle artistique idéal
= statue désarticulée que l'on mène comme on le veut.
Le jeu avec le langage poétique permet de triturer l'image de la femme qui prend tous les visages et qui de façon ironique passe de l'idéal à l'objet. Déchéance (au sens premier du terme) de la transcendance féminine.
Deuxieme vers= alexandrin brisé par la ponctuation (point de suspension) > les vers sont destructurés= rythme cassé > forme une lutte entre les diverses représentations demandés à la femme (quoi doit etre Muse et objet à la fois) et lutte entre la domination de l'homme et la soumission de la femme.
Au niveau narratif= Idéal féminin/ repasse tes fichus = antithèse+ dégradation. Idée de bonne à tout faire + le fichu = utilisé pour cacher la gorge et la poitrine= perte d ela féminité.
Fin de la strophe= idée de prostitution très claire. « Anges déchus » =dépossédés de l'état de grâce= rabaissement de la transcendance. Déchéance féminine = déchéance poétique car > décomposition du rythme très importante: la ponctuation (virgule) casse la césure: Me montrer comme on fait / chez vous, anges déchus.
> deuxième strophe= Iere pers du pluriel= domination des hommes= universalité des hommes = société. Substantif implicite= FILLE de « joie » (prostitution apparente).
(deuxième vers= verbe « piaffer »= piétinement d'un cheval= tout un lexique de la bestialité dans le poème sur lequel je ne vais pas m'attarder ni revenir « en rut », « bramer », etc... Juste retenir que: la femme est décrite à la fois comme une muse et aussi comme une bête féroce ou soumise. A la fin du poème, le poète sera lui-même bestialité > bramer (= cri des cervidés) ou ronfler (=bruit des naseaux d'un cheval). Il y aura donc dénigrement de la figure masculine = critique de ce que toute la société demande à la femme. Mais aussi critique du poète qui fait de la femme un idéal soumis à ses propres désirs)


vers 7 = imptce du rythme= l'alexandrin perd sa forme lyrique et majestueuse car le rythme le décompose en 3+3+2+2+2.
Idée forte de la damnation= condamnation aux peines de l'enfer= antithèse de la transcendance + dévotion totale= soumission
« Idole »= représentation matérielle d'un dieu= ce n'est pas le dieu lui-même= péché. Passage de l'idéal à la matérialité.
Création d'un burlesque par les exclamations= théâtre+ tous les visages que la femme doit prendre : rire, pleurs, chant. Muse.
La suite d'exclamations se poursuit dur le premier tercet, pas de rupture entre quatrain et tercets= nouvelle déstructuration.


> troisième strophe: jeu sur les double sens et les contradictions. DONC, Corbière se joue des formes de la femme, des formes de la structure, et aussi des formes de langage.
Par exemple: le marbre > beauté des statues OU inquiétante froideur. Multiplication des antithèses: marbre/ en rut. folâtre/pensive. vierge/lascive.Montre la lutte entre les différentes formes que la société demande à la femme de prendre.
Bête> adjectif= sottise ou substantif= créature sauvage.
« Féroce, sainte et bête » = la « sainte » est emprisonnée par la bestialité et la sauvagerie= dévorée par la domination matérielle et animale. Disparition de la transcendance.


> dernière strophe: « femelle »= bestialité mais sous la forme servile. Avilissement de la femme. Forme de lyrisme: idée de Muse + interjection poétique « ô » , MAIS > le lyrisme et l'ode à la femme= annulés par l'idée de servitude du début du vers. La Muse est au service du poète.
Lyrique ironique= rire jaune (Les Amours Jaunes) face aux idéaux poétiques. Ironie surtout face aux romantiques > vers 13= pastiche burlesque de Victor Hugo ( Les Djinns)
Elle brame /Comme une âme /Qu'une flamme /Toujours suit.
= ridiculisation par la destruction du vers> Corbière en fait des rimes internes. + le sujet du verbe « bramer » devient le poète= bestialité. Le lyrisme est contrebalancé par la dimension bestiale. Ridiculisation du lyrisme.
Le dernier vers= encore une déconstruction du rythme par les tirets. Le verbe « ronfler »= « faire ronfler des vers » = les dire avec emphase= figure du poète. OU ronfler= bruit des nasaux des chevaux= bestialité de l'homme. Rabaissement du poète. Ironie.
« ton Vainqueur »= soumission de cette femme à laquelle on demande d'être à la fois Muse et Maîtresse.


Conclusion : les images positives et négatives ne sont là que pour servir l'ironie et faire de la femme une sorte de démiurge mi-bête, mi muse prostituée. La muse n'est ici pas un idéal poétique mais une autre forme de soumission. Idée transcendante de la femme est rabaissée à la matérialité de la prostitution et de la bestialité et entraîne avec elle dans cette chute le lyrisme et les idéaux poétiques par le procédé de l'ironie.
Par Sarah


Sonnet à Sir Bob
Amours jaunes, Tristan Corbière

Chien de femme légère, braque anglais pur sang.

Beau chien, quand je te vois caresser ta maîtresse,
Je grogne malgré moi — pourquoi ? — tu n’en sais rien...
— Ah ! c’est que moi — vois-tu — jamais je ne caresse,
Je n’ai pas de maîtresse, et... ne suis pas beau chien.

— Bob ! Bob ! — Oh ! le fier nom à hurler d’allégresse !...
Si je m’appelais Bob... Elle dit Bob si bien !
Mais moi je ne suis pas pur sang. — Par maladresse,
On m’a fait braque aussi... mâtiné de chrétien.

— Ô Bob ! nous changerons, à la métempsycose :
Prends mon sonnet, moi ta sonnette à faveur rose ;
Toi ma peau, moi ton poil — avec puces ou non...

Et je serai Sir Bob. — Son seul amour fidèle !
Je mordrai les roquets, elle me mordrait, Elle !...
Et j’aurai le collier portant Son petit nom.

Introduction

Recueil les Amours jaunes (1873) : unique œuvre du poète qui meurt très tôt.
Révélé par Verlaine : « poète maudit ».
Couleur « jaune » = rire jaune => humour grinçant, sarcasmes et douleur mais une certaine sincérité.
Précurseur de la poésie moderne = liberté de style qui séduira les surréalistes. Poésie amère, cynique et violente + structure chaotique et rebelle.


Structure d'ensemble classique (sonnet régulier) : significative et qui sert le projet de Corbière.


Pb: Comment, par la parodie de traditions poétiques et grâce à un humour grinçant, le poète procède-t-il à une certaine dévalorisation de la condition humaine (dans laquelle il s'inclut et inclut le poète)?


I.    Opposition animal/ homme
II.    La métamorphose totale


A.
1.    Beau chien, quand je te vois caresser ta maîtresse
« Beau » apostrophe = lyrisme + réflexion esthétique moderne sur une nouvelle forme de beauté car « chien ».
Le poète s'adresse au chien. Opposition je/tu. + présent de narration. Envie, jalousie et réalité.
« Caresser » = sensualité, érotisme. Topos poétique du lyrisme et élégie mais retourné et humour car c'est le chien qui caresse et non pas la femme.
« Maîtresse » = femme légère, peu noble > animalisée puisqu'elle est caressée.
2.    Je grogne malgré moi — pourquoi ? — tu n’en sais rien...
Animalisation du poète « Je grogne »
Opposition moi/tu
Après hémistiche : question oratoire qui vient rompre le rythme. Dialogue fictif = incompréhension.
Ponctuation désarticule le vers « ... » et « - »
3.     — Ah ! c’est que moi — vois-tu — jamais je ne caresse
« Ah! » = poète malchanceux = élégie !! Plainte.
« Moi » = poète seule, délaissé. / « tu »
« Jamais » : insistance, tragique + négations = susciter le pathétique. Exagération, passion amoureuse douloureuse.
Amertume parodiée par les jeux de mots : « maîtresse » = double sens animal/amante.
Puis jeu sur la loyauté du chien et infidélité de la femme.
« Ne suis pas beau chien » : réflexion esthétique de nouveau. Cf  Le rossignol de Ronsard
« chien » début et fin du première quatrain. Prosaïsme = chien.
Jalousie, caricature. Rupture et la ponctuation et les jeux de mots brisent le sérieux de l’élégie.



B.

1. — Bob ! Bob ! — Oh ! le fier nom à hurler d’allégresse !...
« Bob ! » Discours de la femme. Syntaxe expressive = dramatise
Critique et parodie des mœurs et goûts de la femme légère = ridicule et tourné en dérision.
« Fier nom » : humour, il n’y a rien de fier dans « bob »= diminutif de Robert.
« à hurler » = animalisation de l’homme.


2. Si je m’appelais Bob... Elle dit Bob si bien !
« si » = regret du poète élégiaque (parodie). Elan espoir, désespoir.
Mélancolie tournée en dérision + ponctuation lyrique « … »
Ironie « Elle dit Bob si bien ! » Toujours moquerie et antiphrase. Semble diviniser la femme mais drôle.


     3.  Mais moi je ne suis pas pur sang. — Par maladresse,
On m’a fait braque aussi... mâtiné de chrétien.
« Mais » du poète qui regrette, qui n’est pas satisfait de sa réalité, poète rêveur confronté à la réalité. > renvoie au malheur qui touche le poète élégiaque qui se plaint de son présent. Désillusion.
« Moi » de nouveau, insistance sur le poète seul, incompris, mis à l’écart… + négation « ne suis pas »
« Pur sang » = vertueux, noble. Jeu de mot avec « pur sang » = chien et race et parallèle avec la femme qui n’est pas noble non plus (« légère »)
« On m’a fait » : idée de fatalité (élégie, dramatisation)
Jeu de mots : « braque » = chien = homme écervelé, fou + « mâtiné » = chien (mélange)
Ambivalence des termes = animalisation et autodérision du poète. Il accepte de se ridiculiser et de perdre sa dignité en s’animalisant.
« Chrétien » : introduction d’une valeur religieuse Cf. « métempsycose » plus loin.
Conclusion 1ère partie : Opposition chien / homme avec déjà une animalisation présente + parodie su poète élégiaque et autodérision.


A. — Ô Bob ! nous changerons, à la métempsycose :
Prends mon sonnet, moi ta sonnette à faveur rose ;
Toi ma peau, moi ton poil — avec puces ou non...
« Ô Bob ! » : sacralité, divinisation du chien ! Apogée
Futur de l’indicatif = certitude de la métamorphose.
« Métempsycose » = échange des corps après la mort (plutôt bouddhisme) donc détruit idée de chrétien. Incohérence.
« Prends mon sonnet, moi ta sonnette ». Jeu de mot trop marrant je trouve, pas vous ? J
= le poète est prêt à prendre un statut servile, bas et à se ridiculiser. Perte volontaire du statut d’homme civilisé, et même, de poète (homme libre de s’exprimer et de penser…)
Dégradation de la poésie.
« Toi ma peau, moi ton poil » Retour opposition toi/moi (3 syllabes+ 3syllabes)= pied d’égalité homme animal et non plus opposition initiale.
« avec puces ou non » brise, le rythme du vers + humour + introduction de prosaïsme dans un vers initialement bien construit. Aucune volonté de sublimer le prosaïque.


B. Et je serai Sir Bob. — Son seul amour fidèle !
Je mordrai les roquets, elle me mordrait, Elle !...
Et j’aurai le collier portant Son petit nom.
Futur = métamorphose faite.
Décalage comique : « sir » et « bob ». Sir = titre de noblesse anglaise. Rapprochement oxymorique avec « bob ».
« son seul » Idée de possession et de servilité + jeu sur la fidélité alors que femme est « légère »…
Verbe « mordre » : animalité à son paroxysme, à la fois de l’homme et de la femme.
(roquets=petits chiens. Isotopie du chien)
« Je mordrai les roquets, elle me mordrait, Elle !... » Vers très régulier, en apparence majestueux. Mais le fond est très sarcastique et moqueur. (+ pointe d’érotisme « elle me mordrait elle »)
Majuscule à « Elle » et « Son » > comme une divinisation de la femme.
« Et j’aurai le collier portant Son petit nom »
= fait penser au reliques des poètes élégiaques qui possèdent un objets appartenant à la femme aimée. Mais servilité « collier » donc dégradant et sérieux rompu.
Conclusion 2ème partie : la métamorphose a lieu, le poète accepte de prendre un statut totalement servile et dégradant, la femme est elle aussi entraînée dans la métamorphose, et toujours sur une parodie du genre élégiaque.


Conclusion :
Corbière utilise une toile de fond élégiaque (parodie d’autre « genres » poétiques), rompue au niveau des vers par la ponctuation et les ambivalences terminologiques. Critique des mœurs et plus généralement de la condition humaine. Dévalorisation de façon ironie, rire bouffon, de l’homme, du poète et de lui-même.
Par Lou

Clair de Lune
De Verlaine, Fêtes galantes

Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmant masques et bergamasques
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques

Tout en chantant sur le mode mineur
L'amour vainqueur et la vie opportune,
Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur
Et leur chanson se mêle au clair de lune

Au calme clair de lune triste et beau
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
Et sangloter d'extase les jets d'eaux,
Les grands jets d'eaux sveltes parmi les marbres.


Ce poème est le poème d'ouverture qui donne le ton du recueil Fêtes galantes : un recueil d'incertitude qui n'est ni dans la joie ni dans la peine.
Le poème « clair de lune » est la métaphore d'une âme en paysage. En trois quatrains, Verlaine assimile l'âme du destinataire à un paysage et à une fêtes costumée. Nous pouvons discerner trois parties :
strophe 1 : implantation du décors, description brève
strophe 2 : apparition de la tristesse et donc une perception différente
strophe 3 : passage symbolique qui reprend la description du paysage

Nous nous demanderons comment l'image de la mélancolie est soutenue par les arts dans ce poème.

I. Un poème qui s'ouvre sur une comparaison

Ici le poète est voyant, il nous décrit l'âme d'un « tu » inconnu que nous pouvons généraliser (l'humanité). Il utilise alors des référence picturale : il s'agit de faire le tableau d'une âme. Mais au lieu du portrait nous avons nous avons le genre du paysage. Cette mention de deux genres différents introduit l'ambiguïté et l'égnimatique (qui nous relie à l'imaginaire).
Le portrait/paysage : un paysage avec une luminosité particulière (ce n'est ni le jour ni la nuit totale) dans le quel se déroule une procession musicale qui évoque le carnaval de Venise et la comedia dell' arte, un paysage carnavalesque (conférence les mots placé en position clé, la fin du vers, et avec des rimes riches : masques, bergamasques, fantasques). Nous pouvons parler d'une procession musicale car nous pouvons remarquer dans cette première strophe l'allitération du « s » et l'utilisation du vers libre qui évoquent et créent une musicalité particulière. De plus la musique est évoquée par la danse, le luth, les chants... Nous pouvons penser à une revendication de la poésie comme langage musical (cf « poète prend ton luth et...).
Cependant un malaise s'installe, l'enjambement (vers 3-4) provoque une rupture : « tristes », ce qui crée l'image d'un clown triste et rompt la connotation joyeuse du carnaval.

II. Un clair-obscur


Il y a donc une opposition entre l'idée populaire du carnaval et la description que fait le poète et qui renvoie au poète voyant ; l'opinion populaire se contente des apparences (la joie) tandis que le poète voit « sous leurs déguisements fantasques ». Nous pouvons alors lire ce poème comme une quête ontologique. Il présente ensuite leur activité et met de nouveau l'accent sur le rôle de la musique (chantant, mode mineur, chanson), la musique est à l'image de la procession : en apparence elle semble joyeuse mais derrière se cache la mélancolie. Cette procession semble alors un rituel monotone, une sorte de rituel païen même si le poète ne décrit pas en détails.
L'opposition apparence/essence est renforcée par la musicalité mais aussi par le vers « Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur », qui joue sur une allusion musicale tout en mettant en avant la différence paraître/être. De plus il insiste sur la tristesse et la mélancolie.
Le paysage est la métaphore de ce malaise. C'est un paysage au clair de lune donc dans un clair-obscur (nouvelle référence à la picturalité), ce paysage est donc caractérisé (tout comme le poème) par une absence de couleur et un éclairage ambigu. La chanson se confond avec le paysage.
Le poète nous offre donc l'image d'une âme instable et trouble où les sentiments sont fugitifs et toujours mitigés.


III. La symbolique


La dernière strophe accentue l'importance du symbole. Le clair de lune est « calme, triste et beau ». Il renvoie à l'imaginaire romantique où le clair de lune est un topos de l'épanchement lyrique, seulement ici il est connoté différemment : il est image du froid et de la distance et de la complexité humaine.
L'imaginaire est mis en avant au vers 10 : « Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres », il évoque le rêve (symbole parfait du rêve et qui évoque une écriture par image), mais sa formulation est en elle même mystérieuse (à quoi peuvent rêver les oiseaux ?).
Pareil pour le vers 11 : « Et sangloter d'extase les jets d'eaux, », cet oxymore traduit un paysage qu'on prend plaisir à regarder mais qui suscite la mélancolie. La personnification des jets d'eaux sembler nous renvoyer à notre propre condition où le clair de lune serait le poète (voyant et créateur de sensibilité). Le dernier vers reprend l'image des jets pour décrire une dernière fois le paysage comme s'il s'agissait d'un dernier regard et pour continuer sur la représentation de l'imaginaire. De plus l'image du marbre fait écho à une image froide de la lune.Clôt le poème sur la picturalité.

Par Marie